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Banques: un lobby tardif et fragmenté

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Jeudi, 5 Décembre, 2013 - 05:56

Analyse.UBS et Credit Suisse vont défendre seules leurs intérêts auprès de l’UE. A Washington aussi, les efforts sont dispersés. A quand un centre de réflexion prospectif?

Il ne comptera au début qu’une poignée de collaborateurs dans un bureau anonyme bruxellois. Mais l’ouverture du Swiss Finance Council au début de l’année prochaine inaugurera une nouvelle ère, celle d’un lobbyisme systématique et assumé des grandes banques suisses auprès des institutions européennes. Une goutte d’eau dans une capitale communautaire où se côtoient près de 15 000 professionnels, quelque 20 lobbyistes par député européen. Mais un geste hautement symbolique pour une place financière chahutée et divisée depuis cinq ans.

Le Swiss Finance Council est la première structure permanente chargée spécifiquement de défendre les intérêts des banques suisses dans l’UE. Les thèmes ne manquent pas, de la réglementation sur l’accès aux marchés financiers aux questions fiscales, toutes deux au cœur des préoccupations helvétiques. La nomination de l’ancien ambassadeur et avocat Alexis Lautenberg, l’un des meilleurs connaisseurs de la scène bruxelloise, démontre le sérieux de la démarche.

Etonnement. Mais les deux grandes banques partent seules. L’Association suisse des banquiers (ASB), qui regroupe la quasi-totalité de la place financière, reste à l’écart, même si ses capacités d’analyse et de logistique seront mises à contribution. De plus, UBS et Credit Suisse avancent bien tard. Cela fait plus de quatre ans que les banques ont admis l’urgence de défendre leurs intérêts face à une administration communautaire qui multiplie les obstacles devant elles.

Interrogé par le quotidien financier alémanique Cash, l’historien de l’économie Tobias Straumann est perplexe: «Cela m’étonne qu’UBS et Credit Suisse n’aient cette idée que maintenant.»

A Washington, les banques suisses sont tout simplement absentes de la galaxie des groupes de pression qui pullulent sur les rives du Potomac. Elles disposaient pourtant d’un instrument ad hoc, la Swiss Foundation for World Affairs, créée à la suite de l’affaire des fonds en déshérence à la fin des années 90, et qui lui servait à la fois d’antenne et d’organe de promotion au cœur du pouvoir américain. Mais elle a été supprimée en juin 2005 pour des raisons budgétaires.

Aujourd’hui, chaque groupe bancaire se défend via ses lobbyistes locaux attitrés, à l’instar de l’ultraconservateur Cato Institute, proche des banquiers privés. Cette dispersion s’observe aussi dans leur manière de se défendre face à un problème collectif comme celui de la régularisation des comptes non déclarés des clients américains. Faute d’entente au sein de l’ASB, les quelque 80 établissements plus ou moins concernés ont constitué un groupe d’intérêts spécifique.

L’industrie bancaire est naturellement fragmentée entre établissements de guichets, de gestion de fortune, actifs localement, sur une base cantonale ou internationale, etc. «Il en résulte des “conflits” entre petites et grandes banques, chaque catégorie tentant de défendre ses intérêts. Trouver les solutions optimales est une question politique», analyse le professeur à l’Institut bancaire de Zurich Martin Janssen, l’un des observateurs les plus critiques de la place bancaire.

De la hauteur. Le rôle du politique est de proposer des solutions qui doivent répondre aux vœux de la première concernée, la place financière. Or, celle-ci est plus que jamais divisée sur les objectifs et les moyens. Les membres du Conseil d’administration de l’ASB en sont presque venus aux mains le printemps dernier au moment de se prononcer sur l’accord entre la Suisse et les Etats-Unis.

Ces divisions profondes resteront, tant que les dirigeants bancaires courront d’une urgence à l’autre sans pouvoir prendre de la hauteur et s’appuyer sur une réflexion globale. Certes, la commission Brunetti, constituée de régulateurs, de hauts fonctionnaires et de banquiers, s’y attelle. Mais elle ne rendra son rapport que dans un an. Bien sûr, les universités contribuent à la réflexion, mais, comme le reconnaît Martin Janssen, «de manière peu dynamique».

Aussi, les banques peuvent s’inspirer de l’exemple des grandes entreprises et créer un centre de réflexion à l’anglo-saxonne. Un think tank comme Avenir Suisse serait le mieux armé pour anticiper les crises et les problèmes à venir et, surtout, pour proposer des solutions concrètes.

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Hélène Tobler
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