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Fabrice Cuchet: "Les hedge funds vont connaître une nouvelle vie"

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Jeudi, 5 Décembre, 2013 - 05:57

Gestion alternative.Après plusieurs années de crise, l’horizon s’éclaircit avec une clarification de la réglementation et une stabilisation des conditions de marché.

Les années de crise financière se sont avérées difficiles pour les hedge funds: les performances de gestion ont été décevantes, voire franchement mauvaises alors qu’elles dépassaient la moyenne du marché avant cette période. L’industrie a ainsi souffert de nombreuses fermetures et subit le resserrement du filet réglementaire. Cependant, ces années pourraient être terminées. Après le creux de 2009, les encours se sont remis à croître pour atteindre 2510 milliards de dollars. L’analyse de Fabrice Cuchet, directeur de la gestion alternative chez Dexia Asset Management à Paris, l’un des principaux acteurs européens.

La gestion alternative produit des rendements inférieurs aux actions, et pourtant la taille de ses actifs ne cesse de croître. Comment expliquez-vous ce paradoxe?
Elle offre une alternative d’investissement. Nous sortons de vingt ans de hausse des marchés de taux et les placements obligataires ne rapportent rien en raison de la persistance de taux d’intérêt très bas. Et cette tendance va persister. D’autres alternatives existent bien sûr, comme l’immobilier ou les matières premières. Mais elles ne peuvent pas répondre à elles seules aux attentes des investisseurs, notamment institutionnels. Un assureur, par exemple, est contraint de trouver des placements suffisamment rémunérateurs pour servir les rendements qu’il a garantis à ses clients, tout en couvrant ses propres frais et sa marge. Or, un placement obligataire à dix ans à 2% ne le lui permet pas.

La phase de taux bas semble toutefois toucher à sa fin. L’envol de l’alternatif ne risque-t-il pas de s’arrêter?
Au contraire. La remontée des taux est un très mauvais signal pour les détenteurs d’obligations. Les performances de leurs placements vont devenir négatives. Ils devront attendre que les taux d’intérêt se soient stabilisés à de nouveaux seuils pour revenir sur cette classe d’actifs. En attendant, plusieurs années vont être difficiles. Certes, les marchés d’actions vont continuer de progresser, mais ils ne garantissent pas la diversité nécessaire à la constitution d’un portefeuille équilibré et suffisamment rémunérateur.

Ces dernières années, la gestion alternative a été jugée chère et insuffisamment rémunératrice pour couvrir des risques plutôt élevés. La perception du marché est-elle en train de changer? Pourquoi?
Les actions aussi ont été risquées ces dernières années, avec des reculs de parfois 50%. Les placements alternatifs ont peut-être été mal achetés, ou mal vendus, à des investisseurs qui en espéraient peut-être une sorte de miracle, des placements en constante progression mais qui ne reculaient jamais. Cela n’est évidemment pas le cas. Mais pendant des années, la gestion alternative a dégagé des performances soutenues et a bien résisté à la crise de 2008.

En termes généraux, oui, mais un très grand nombre de fonds ont plongé, quand ils n’ont pas fermé. Cela n’a-t-il pas découragé les investisseurs?
La clé du succès, si l’on veut réussir son placement dans cette classe d’actifs, c’est la diversification. Néanmoins, il est vrai que les fonds de hedge funds qui apportent théoriquement cette diversification ont souffert et n’ont pas récupéré les sorties de fonds consécutives à la crise, contrairement aux autres fonds alternatifs. Le problème des fonds de fonds en 2008 a été avant tout un problème de liquidité. Et beaucoup de clients, qui se sont retrouvés bloqués dans ces fonds, ne veulent plus y revenir. Cependant, ces fonds de fonds ne disparaîtront pas, car ils permettent aux investisseurs non spécialisés d’entrer dans cette classe d’actifs.

La recherche de diversification explique pourquoi les investisseurs institutionnels sont revenus sur ce marché. Si ces fonds délivrent de nouveau des performances régulières, entre 5 et 8% par an comme c’est le cas cette année, les privés vont revenir eux aussi.

Ces dernières années, les hedge funds ont failli à leur mission première, anticiper et profiter des retournements de marchés. N’ont-ils pas nui à leur réputation?
Il est vrai qu’ils ont moins su capter les phases de hausses que par le passé, ce qui est une déception. L’une des principales raisons est la succession de crises, de stop-and-go et d’interventions politiques, qui étaient très difficiles à prédire. Les gérants de hedge funds ont donc réduit leurs risques, et ainsi raté les rebonds. Mais au moins ont-ils atteint leur objectif premier: préserver le capital. Cela dit, la gestion alternative ne fait pas de miracles. Le gérant n’est pas omniscient. La force de la gestion alternative, c’est sa flexibilité, sa capacité à réaliser une bonne performance relative sur le moyen terme (meilleure que la moyenne du marché, ndlr), choisir la bonne classe d’actifs et acheter ou vendre au bon moment. C’est beaucoup plus difficile à réaliser lorsque le marché dépend de déclarations ou de décisions politiques.

Suggérez-vous que la gestion alternative va connaître une nouvelle vie?
Je le pense. Les investisseurs sont désormais rassurés sur l’intention des banques centrales de tout entreprendre pour sauver le système, ce que l’on peut nommer, pour la zone euro, le «Draghi put», par analogie avec le «Greenspan put» (respectivement gouverneur de la BCE et ancien gouverneur de la Fed, ndlr). De plus, la persistance des taux extrêmement bas incite à la recherche de placements plus rémunérateurs. Il y a, dans le marché, un besoin de placements alternatifs parmi les gérants institutionnels pour remplacer les placements obligataires à un horizon de 3 à 5 ans. Ce mouvement est facilité par la «pause réglementaire» qui semble se profiler, autrement dit le ralentissement de l’instauration de nouvelles règles financières.

Quelles stratégies vont profiter le plus de cette forme de normalisation des marchés?
Les stratégies d’arbitrage sont particulièrement bien placées pour profiter des différences de rythme de la reprise. Les taux d’intérêt vont remonter, mais pas à la même vitesse dans tous les pays, ce qui va provoquer des distorsions au niveau des placements obligataires, ce qui accentuera la volatilité, dont profiteront plusieurs stratégies d’arbitrage.

La gestion alternative a-t-elle appris à décoder les messages des banquiers centraux?
Avant la crise, la Fed avait pris l’habitude de donner des indications suffisamment claires au marché pour que celui-ci anticipe ses décisions de hausses ou de baisses des taux d’intérêt. Mais le marché a été surpris par Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, en juillet 2012, lorsqu’il a promis de «tout entreprendre» pour sauver l’euro. Cela dit, le marché rencontre plus de difficultés face aux revirements des décideurs politiques, lesquels sont plus difficiles à anticiper. Mais après la phase très intense de la crise bancaire, puis de celle de l’euro, où les marchés étaient souvent suspendus à des déclarations politiques, cette difficulté s’est atténuée depuis l’été 2012. Les incertitudes se dissipent. Le système retrouve les bases fondamentales de son fonctionnement.

Quel est le potentiel de développement de la gestion alternative avec un cadre réglementaire resserré?
La directive AIFM (Alternative Investment Fund Manager, directive européenne sur les fonds alternatifs, ndlr) est une bonne chose car elle offre un cadre régulé tout en laissant au gérant sa liberté. Ce qui lui est demandé, c’est de la transparence. Bien sûr, les contraintes de la réglementation élèvent les prix et demandent plus de reporting. Mais ce n’est pas un frein à l’industrie de la gestion alternative.
Reste à voir si les investisseurs choisiront les fonds régulés ou les fonds off-shore traditionnels (moins régulés, ndlr), en particulier les individus très fortunés. Les investisseurs institutionnels sont acheteurs. Les privés y viendront certainement aussi.


Fabrice cuchet

Le responsable de la gestion alternative de Dexia Asset Management (qui vient d’être racheté par l’assureur New York Life) est entré dans l’établissement financier franco-belge en 1999 après
un début de carrière à la Dresdner Bank. Il est diplômé de l’Ecole d’informatique de Grenoble en 1992.
 

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Thierry Parel
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