Pour ceux qui rêvent de s’acheter un logement comme pour les propriétaires qui renouvellent leur hypothèque, l’été 2014 semble être celui de toutes les occasions. Des taux de 1,7% bloqués sur dix ans, voilà ce qu’offrent spontanément certaines compagnies d’assurances. Je sors ma calculette: pour quelqu’un qui aurait contracté un emprunt de 700 000 francs pour un appartement ou une maison individuelle, on parle donc d’un loyer de moins de 1000 francs par mois. Qui dit mieux? (Lire l’article d’Yves Genier en page 6.)
Bien sûr, les obstacles sont nombreux. Les prix restent élevés et la plupart des banques se révèlent plus difficiles à la détente, en tout cas pour certaines catégories de clients. Décrétées par une Banque nationale suisse (BNS) inquiète de l’endettement record des Suisses, de nouvelles mesures contre la surchauffe immobilière contraignent les prêteurs à plus de retenue. Les taux n’en sont pas moins historiquement bas – l’expression n’est pas galvaudée.
Faut-il foncer? Peut-être. Mais à certaines conditions. Publié début août, le dernier indice UBS des bulles immobilières campe dans la zone à risque. Première règle, donc: anticiper une possible baisse du prix de son logement de 10 à 30%, selon la région et le type d’objet. En d’autres termes, se faire à l’idée que l’entier de ses fonds propres puisse être annihilé, en tout cas de manière passagère, si le marché plonge.
Il faut savoir aussi que les établissements si désireux de prêter leurs fonds aujourd’hui peuvent, en cas d’éclatement de la bulle, se métamorphoser en requins impitoyables. Et exiger des remboursements anticipés. Des appels de marge, dans le jargon bancaire.
La vérité, c’est que personne ne peut prédire avec précision l’évolution du secteur. Pas même les pontes de la BNS qui font actuellement avec leurs mesures de l’expérimentation à large échelle. Les taux ne devraient pas monter de manière brutale dans un avenir proche, mais, en 2016 ou 2017, on ne sait pas. Si les prix des logements ont explosé ces dernières années, c’est aussi en raison de la libre circulation des personnes. Quelles seront les suites de la votation du 9 février? Quels effets sur l’immigration? Les entreprises vont-elles partir ou délocaliser certaines activités? En matière d’immobilier, la variable démographique pèse lourd. Et pour l’heure, on nage dans l’incertitude (lire aussi l’interview du président de Novartis, Jörg Reinhardt, en page 24).
Enfin, le bal des grues, presque partout en Suisse romande, suscite l’interrogation. Comme les barres d’immeubles et les petits locatifs qui poussent en quelques mois. Ne s’achemine-t-on pas, ironie du sort, vers une offre soudain pléthorique? Et donc vers un tassement des prix?
Avant de céder à la tentation des taux bas, une bonne dose de réflexion et de prudence s’impose. Et, pourquoi pas, un zeste de paranoïa.
