Khadija Ismayilova a été arrêtée vendredi 5 décembre à Bakou. Cette journaliste de 38 ans enquêtait depuis plusieurs années sur la fortune du président Ilham Aliyev et de ses proches. La qualité et l’écho international de ses enquêtes, publiées par Radio Free Europe et sur le site de l’organisation Organized Crime And Corruption Reporting Project (OCCRP), avaient fait de Khadija Ismayilova une journaliste intouchable en Azerbaïdjan. Jusqu’au vendredi 5 décembre. Elle a été placée en détention pour deux mois à la suite d’accusations d’un collègue se disant mobbé et poussé au suicide. Pour Drew Sullivan, rédacteur de l’OCCRP, il ne fait aucun doute que ces charges visent à la faire taire. «Khadija a écrit sur la corruption et le détournement de milliards de dollars appartenant au peuple azéri par la famille Aliyev. Elle est aujourd’hui en prison pour avoir dit la vérité.» En 2011, une enquête de la journaliste avait exposé les sociétés offshore des deux filles du président, Leyla et Arzu, enregistrées au Panama par l’avocat suisse Olivier Mestelan. Son nom était de nouveau apparu, en juin dernier, dans un article de Radio Free Europe sur les relations du groupe suédois de télécommunication TeliaSonera avec les deux héritières.
Selon Drew Sullivan, l’arrestation de la journaliste, qui avait pu exercer son travail en relative liberté jusqu’ici, marque un tournant. «L’Azerbaïdjan est devenu une cleptocratie répressive à l’image de la Russie de Poutine. Je ne pense pas que ce soit une coïncidence, poursuit le journaliste de l’OCCRP. Les deux pays se sont rapprochés récemment.»
