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Clik here to view. Téléchargez ici l'édition spéciale de L'Hebdo: "Le taux plancher: Krach historique"
On connaîtra bientôt les péripéties autour de la décision du 15 janvier 2015: les discussions entre les trois membres de la direction de la Banque nationale suisse (BNS), leurs éventuels désaccords sur la méthode, les raisons exactes du timing… On comprendra sans doute mieux qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de lâcher le taux plancher. Mais ce qu’on ressent déjà, c’est le caractère historique de l’événement.
A l’échelle mondiale, parce qu’une banque centrale, et non des moindres, rompt avec une expérience en matière de politique monétaire jamais tentée auparavant – attention, conséquences inconnues! Pour les Suisses, parce que le choc provoque une prise de conscience. Et incite à poser les questions jusqu’ici glissées sous le tapis – il ne s’agit pas de «capitulation», mais d’un retour à la réalité (lire notre dossier en page 32).
La fixation en 2011 d’un taux plancher était en effet une mesure destinée à ne pas durer, on l’avait presque oublié. Au fil des mois, on s’est toutefois fait à l’idée que la Suisse avait le muscle monétaire pour soutenir ses exportations ad vitam æternam. Et, forts d’une santé économique insolente, certains se sont même mis à déplorer un excès de croissance. Des problèmes qui vont, ces prochains mois, se régler d’eux-mêmes. Y compris le casse-tête migratoire?
C’est vrai, les consommateurs suisses sont gagnants, en tout cas dans un premier temps. Ils sont devenus 20% plus riches d’un coup. A eux les vacances en Espagne et la viande de bœuf à prix cassés. A plus long terme, avec une parité franc/euro, une récession est presque inévitable. A quoi bon un pouvoir d’achat dopé si c’est pour finir chômeur?
Pour les chefs d’entreprise, le brouillard s’épaissit. Un environnement fiscal mouvant, des restrictions à l’embauche, des accès aux marchés européens limités et maintenant une monnaie qui fait le yoyo, ça commence à faire beaucoup. Une purée d’incertitudes qui se dissiperait vite fait avec une entrée dans l’Union. Mais l’argument est pour l’heure irrecevable. Les Suisses sont si clairement opposés à une adhésion qu’on s’interdit même d’en parler. De peser le pour et le contre. De se projeter à trois, cinq ou dix ans. De faire régulièrement une sorte de «reality check» européen.
Où la volatilité du franc va-t-elle nous emmener? Elle pourrait à terme se révéler insoutenable. Il s’agit bien sûr dans l’immédiat d’éviter le pire et de trouver des parades comme les Suisses ont si souvent su le faire. Dans le cas d’une récession durable, il faudra toutefois envisager de nouveau le scénario de l’adhésion. Critiques de l’Union, d’accord. Mais pas psychorigides.
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